## 3. Rythme, pulsation et tempo Le rythme est la façon dont la musique s’organise dans le temps : une pulsation régulière, une vitesse à laquelle la compter, des notes de longueurs différentes posées dessus, et des mesures qui groupent les temps pour donner à la musique une forme que l’on peut suivre. Source: https://musictheory.center/fr/cours/rythme Niveau: Débutant · Son · 5 sections Avant ce chapitre: Fondamentaux de la Théorie Musicale ### Pulsation et temps https://musictheory.center/fr/cours/rythme#pulse-and-beat > Écoutez ces deux extraits. Tous deux sont le même son bref répété huit fois, et tous deux occupent la même durée. Vous pourriez taper du pied avec l’un sans y penser, et vous ne le pourriez pas avec l’autre. Dites lequel est lequel, et en quoi consiste réellement la différence, avant de poursuivre. **Joue:** Huit frappes régulières (G4) · Huit frappes irrégulières (G4) Quatre cases régulièrement espacées, une par pulsation, battant à 90 à la minute — la vitesse du premier extrait ci-dessus ; le second tourne sur une grille plus fine, en demi-pulsations. Appuyez sur la lecture de la grille et les clics viennent directement de la page ; appuyez sur un bouton et le son part vers la barre en bas de l’écran. Le rythme est la seule chose que ce cours dessine en grille plutôt qu’en notes sur une portée, car une rangée de cases est ce à quoi une pulsation ressemble vraiment — et cliquer sur n’importe quelle case la marque comme accentuée, ce dont traite la quatrième section de ce chapitre. **temps** *aussi appelé*: pulsation (employés l’un pour l’autre, même si « pulsation » penche vers la sensation et « temps » vers l’unité que l’on compte) **Définition.** Le temps est la pulsation régulière et également espacée qui court sous un morceau de musique — l’unité de temps que les auditeurs tapent, frappent, hochent ou marchent, et l’unité à laquelle toutes les autres durées de la musique se mesurent. Le premier extrait en a une. Huit frappes, chacune à la même distance de la précédente, et au bout de deux ou trois votre corps a déjà déterminé où tombera la suivante. Cette prédiction est tout le phénomène : un temps est quelque chose que l’on peut anticiper, et c’est cette anticipation qui permet à une salle pleine d’inconnus de frapper dans les mains ensemble. Tous les extraits de ce chapitre sont bâtis sur des frappes de ce genre — un clic sur Sol pour une pulsation ordinaire et un clic sur Do pour une pulsation accentuée, afin que le groupement reste audible même si vous écoutez très bas. Le second extrait contient exactement le même nombre de sons dans exactement la même durée, et aucun temps. Rien en lui ne permet de deviner où tombera la frappe suivante : il n’y a donc rien à suivre du pied. Des sons seuls ne font pas un rythme ; c’est la régularité qui les transforme en rythme. Ce que vous tapez n’est d’ailleurs pas nécessairement ce que vous entendez. Mettez à peu près n’importe quel enregistrement et la pulsation que vous hochez de la tête n’est souvent émise par rien de particulier — la chanteuse est entre les temps, la guitare tient un accord par-dessus — et vous continuez à hocher quand même. Le temps est une chose que l’auditeur fournit, suscitée par la musique mais non identique à elle. **Bon à savoir** - (Fait) Le temps se ressent, il n’est pas nécessairement joué. Un auditeur continue de compter à travers une mesure où aucun instrument ne marque la pulsation — c’est pourquoi un batteur peut s’arrêter quatre temps sans que personne ne perde sa place, et pourquoi les temps manquants d’un break en stop-time sont tout de même entendus comme des temps. - (Fait) C’est la régularité, et non l’intensité ni la hauteur, qui rend une suite de sons suivable. Les deux extraits ci-dessus emploient la même note, le même nombre de frappes et la même durée totale ; seul l’espacement diffère, et un seul des deux peut être suivi. **Vous le savez déjà** - Le rythme, le deuxième des quatre éléments — l’extrait où la seule chose qui changeait était le moment où les sons survenaient — https://musictheory.center/fr/cours/fondamentaux#the-four-elements **Dans la musique réelle** - Queen — “We Will Rock You” — le pied-pied-clap est de la pulsation et rien d’autre, et il porte toute la chanson — aucun instrument à sons déterminés ne le rejoint avant l’arrivée de la guitare tout à la fin ; comptez depuis le premier coup de pied et vous êtes déjà exactement avec la foule - The Dave Brubeck Quartet — “Take Five” — le motif de piano énonce clairement la pulsation avant l’entrée du saxophone ; continuez ensuite à taper pendant le long solo de batterie du milieu, où le piano se tait et où la pulsation est à vous de fournir plutôt qu’à quiconque de jouer **Essayez sur votre instrument:** Mettez un enregistrement que vous connaissez bien et tapez la pulsation sur votre genou jusqu’à la fin du premier couplet. Jouez ensuite une seule note sur votre instrument en mesure avec ces frappes, une note par frappe, et continuez après l’arrêt de l’enregistrement. **Vérification:** Un extrait, en deux moitiés séparées par un silence. Une seule moitié tient une pulsation régulière. Laquelle ? - La première moitié **(correct)** — Exact. Les quatre premières frappes sont à chaque fois à la même distance, si bien qu’au bout de deux vous saviez déjà où tomberait la troisième. C’est cela, la pulsation, et vous pouvez la suivre du pied. - La seconde moitié — La seconde moitié compte aussi quatre frappes, mais les écarts entre elles sont tous différents — un court, puis un long, puis un plus long encore. Essayez de suivre du pied et vous vous tromperez à chaque fois après la première. - Les deux moitiés — Seule la première moitié est régulière. Rejouez l’extrait et suivez du pied depuis le début : votre pied continue de fonctionner jusqu’au silence, et après le silence il n’a plus rien à quoi se raccrocher. ### Le tempo https://musictheory.center/fr/cours/rythme#tempo > Écoutez ces deux extraits. Le son est identique, l’espacement est régulier dans les deux, et chacun contient les mêmes huit frappes que l’autre. Une seule chose diffère. Nommez-la d’abord avec vos propres mots, puis dites sur lequel des deux il vous serait plus facile de marcher au pas. **Joue:** Huit frappes, lentes (G4) · Huit frappes, rapides (G4) Les mêmes quatre cases que dans la section précédente, battant deux fois plus vite : 120 à la minute plutôt que 90. Rien n’a changé dans la grille sinon le temps qu’elle attend entre deux cases, et c’est tout le sujet de cette section. | Indication italienne | En gros | En pulsations par minute | L’impression produite | | --- | --- | --- | --- | | Largo | Large | 40–60 | Assez lent pour qu’on perde la pulsation entre deux frappes | | Adagio | À l’aise | 66–76 | Une marche lente ; ballades et marches funèbres | | Andante | Allant | 76–108 | L’allure d’une marche ordinaire, et la vitesse que la plupart des gens tapent spontanément | | Moderato | Modéré | 108–120 | Vif mais sans hâte | | Allegro | Gai | 120–168 | La pop, le rock et la musique de danse vivent surtout ici | | Presto | Rapide | 168–200 | Plus rapide que ce qu’un pied peut confortablement suivre | **tempo** **Définition.** Le tempo est la vitesse du temps — combien de temps s’écoulent en une minute, noté en pulsations par minute et abrégé en bpm. Les deux extraits ci-dessus sont à 60 bpm et à 120 bpm. À 60 bpm un temps dure exactement une seconde, ce qui explique qu’une horloge soit le moyen classique de trouver ce tempo sans métronome ; à 120 bpm il dure une demi-seconde. L’arithmétique ne varie jamais : divisez 60 par le bpm et vous avez la longueur d’un temps en secondes. Le tempo ne change rien aux sons qui surviennent ni à leur ordre. Les deux extraits ci-dessus comportent les mêmes huit frappes dans le même rapport les unes aux autres ; seule l’horloge tournait différemment. Cette indépendance mérite d’être retenue, car c’est elle qui permet de jouer le même morceau vite ou lentement sans qu’il cesse d’être le même morceau. Avant que les métronomes ne soient répandus, le tempo s’indiquait par des mots plutôt que par des nombres, et ces mots figurent encore en tête de la plupart des partitions classiques. Ils décrivent un caractère autant qu’une vitesse — « andante », c’est allant, « allegro », c’est gai — ce qui explique que les plages du tableau ci-dessus se chevauchent et que deux chefs puissent diverger sur la même indication sans qu’aucun ait tort. **Bon à savoir** - (Fait) Un temps dure 60 / bpm secondes. À 120 bpm cela fait une demi-seconde, à 60 bpm une seconde, à 40 bpm une seconde et demie. La relation est exacte et vaut pour n’importe quel tempo. - (Convention) Les mots de tempo sont italiens par tradition, parce que les musiciens italiens dominaient l’édition musicale européenne quand l’usage s’est fixé au XVIIe siècle. Ces mots s’emploient dans les partitions du monde entier, sous la plume de compositeurs qui ne parlent pas un mot d’italien, et leurs plages en bpm sont des approximations convenues après coup plutôt que des définitions. - (Tendance — la musique populaire occidentale depuis les années 1960 ; la musique savante, et la plupart des traditions extérieures à celle-ci, s’étalent bien plus largement.) Les chansons enregistrées se concentrent entre environ 90 et 140 bpm, les pistes de danse se resserrant plus encore autour de 120–128. **Vous le savez déjà** - La pulsation régulière de la section précédente — le tempo est la question de savoir à quelle vitesse va cette pulsation, et rien d’autre — https://musictheory.center/fr/cours/rythme#pulse-and-beat **Où cela mène** - Le groove et la sensation : ce qui arrive à un morceau quand le tempo pousse, traîne ou change franchement, et pourquoi les mêmes notes à deux vitesses peuvent appartenir à deux styles différents — https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove **Dans la musique réelle** - Bee Gees — “Stayin’ Alive” — environ 104 bpm, et enseigné en secourisme pour exactement cette raison — le charleston de l’introduction vous donne le tempo avant l’entrée de quoi que ce soit d’autre - Ludwig van Beethoven — “Symphonie n° 9, deuxième mouvement” — marqué Molto vivace, et Beethoven a laissé une indication métronomique que la plupart des orchestres jouent encore en dessous ; comparez deux enregistrements des premières mesures et la différence de tempo saute aux oreilles en cinq secondes **Essayez sur votre instrument:** Jouez une note sur votre instrument une fois par seconde, en vous contrôlant avec une horloge ou un chronomètre — cela fait 60 bpm. Jouez ensuite deux notes par seconde sans rien changer d’autre. Tenez chaque vitesse au moins trente secondes. **Vérification:** Un morceau est indiqué à 120 bpm. Avant de jouer quoi que ce soit, calculez combien de temps dure un seul temps. - Une demi-seconde **(correct)** — Exact. 60 divisé par 120 fait 0,5 : un temps dure donc une demi-seconde et deux temps s’écoulent chaque seconde. L’extrait ci-dessus est fait de quatre frappes séparées d’une demi-seconde, si bien qu’une seconde et demie s’écoule entre la première et la dernière. - Une seconde — Une seconde par temps, c’est 60 bpm et non 120 — la moitié de la vitesse. Un contrôle utile : à 120 bpm vous devez pouvoir compter deux frappes dans le temps que met une horloge à faire un tic. - Deux secondes — Deux secondes par temps feraient 30 bpm, plus lent que presque toute la musique jamais écrite. Se tromper de sens ici vient généralement d’une multiplication par le bpm au lieu d’une division de 60 par celui-ci. ### Les valeurs de notes https://musictheory.center/fr/cours/rythme#note-values > Écoutez ces trois extraits dans l’ordre. Chacun occupe exactement la même durée, et chacun contient plus de sons que le précédent. Comptez les sons de chacun, et remarquez comme chaque son est laissé à résonner moins longtemps avant l’arrivée du suivant à mesure que leur nombre augmente. **Joue:** Un son, qui occupe toute la durée (G4) · Quatre sons, un par pulsation (G4) · Huit sons, deux par pulsation (G4) Quatre pulsations, chacune coupée en quatre, à 90 à la minute. Les marques hautes sont les pulsations elles-mêmes et les petites sont les doubles croches intermédiaires — seize cases en tout, ce qui est exactement la grille sur laquelle les trois extraits ci-dessus ont été écrits, case pour case. La marque pleine sur la case un est la seule que frappe le premier extrait, et ce son unique est laissé à résonner par-dessus les quinze autres ; le deuxième extrait frappe une case sur quatre et le troisième une case sur deux, chaque son durant jusqu’à l’attaque du suivant. | Nom | Fraction de la ronde | Temps en 4/4 | Nom américain | | --- | --- | --- | --- | | 𝅝 Ronde | 1 | 4 | Whole note | | 𝅗𝅥 Blanche | 1/2 | 2 | Half note | | 𝅘𝅥 Noire | 1/4 | 1 | Quarter note | | 𝅘𝅥𝅮 Croche | 1/8 | 1/2 | Eighth note | | 𝅘𝅥𝅯 Double croche | 1/16 | 1/4 | Sixteenth note | **valeur de note** *aussi appelé*: whole note, half note, quarter note, eighth note, double croche (usage américain, une par ligne du tableau ci-dessus et dans le même ordre : ces noms-là sont des fractions de la ronde plutôt que des formes, si bien qu’une « quarter note » se lit littéralement « quart de ronde » et désigne notre noire) **Définition.** Une valeur de note est la durée d’une note, exprimée comme une fraction de la ronde plutôt qu’en secondes — une blanche vaut donc la moitié d’une ronde, une noire la moitié d’une blanche, et chaque valeur suivante est la moitié de celle du dessus. Les trois extraits sont une ronde, quatre noires et huit croches, dans cet ordre, et chaque son est laissé à résonner jusqu’à l’attaque du suivant — si bien que le premier extrait est une note unique qui dure les quatre temps, et le troisième huit notes d’un demi-temps chacune. Ils occupent la même durée parce que l’arithmétique l’impose : quatre noires font une ronde, huit croches font une ronde, et chaque extrait est donc un tour complet de la même grille, avec la même durée divisée autrement. Rien ici ne dit combien de secondes tout cela prend. Une noire vaut un temps en 4/4, et un temps vaut 60 / bpm secondes : la même noire dure donc une demi-seconde à 120 bpm et une seconde à 60. Les valeurs de notes sont des proportions ; c’est le tempo qui les convertit en durées. Le silence se mesure de la même façon. Un silence a une valeur exactement comme une note — un soupir vaut un temps de rien en 4/4 — et il fait partie du rythme au lieu d’y faire un trou. Aucun des trois extraits n’en contient : leurs cases non frappées sont le son précédent qui résonne encore, ce qui fait du premier extrait une ronde et non un son suivi de quatre temps de silence. Les extraits irréguliers de la première section de ce chapitre sont le cas inverse, et leurs cases vides sont bel et bien du silence. **Bon à savoir** - (Fait) Chaque valeur vaut exactement la moitié de celle du dessus : deux valeurs quelconques en font donc une de la valeur supérieure. Deux croches font une noire, deux noires font une blanche, deux blanches font une ronde. Seize doubles croches remplissent une ronde, et c’est pourquoi la grille ci-dessus a seize cases. - (Convention) Les noms français décrivent la forme écrite de la note — une ronde est un ovale vide, une noire un ovale plein — tandis que les noms américains sont des fractions de la ronde. Ils désignent des durées identiques : une noire et une « quarter note » sont la même chose, et aucun morceau ne sonne différemment pour être écrit dans un système ou dans l’autre. - (Convention) Une noire vaut un temps uniquement dans les mesures dont le chiffre du bas est 4 — 2/4, 3/4 et 4/4 entre autres. En 6/8 le temps est une noire pointée et l’unité de décompte imprimée sur la page est la croche, ce dont traite la dernière section de ce chapitre. **Vous le savez déjà** - Le tempo, qui est ce qui transforme une fraction comme « une noire » en un nombre réel de secondes — https://musictheory.center/fr/cours/rythme#tempo **Où cela mène** - Le rythme sur la portée : les formes imprimées avec lesquelles ces durées s’écrivent, et la façon dont on les ligature et les pointe — https://musictheory.center/fr/cours/notation-musicale **Dans la musique réelle** - The Police — “Every Breath You Take” — le motif de guitare est un flot régulier de croches dès la première mesure et ne s’arrête presque jamais ; comptez-en deux par frappe de pied et cela coïncide exactement - Wolfgang Amadeus Mozart — “Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik)” — la phrase d’ouverture traverse trois valeurs en huit mesures — de longues notes tenues, puis des noires, puis une déferlante de croches dans la figure de réponse, vers quinze secondes **Essayez sur votre instrument:** Choisissez une note sur votre instrument et jouez-en quatre mesures de quatre façons sans changer votre vitesse de décompte : d’abord tenue sur quatre comptes, puis une note par compte, puis deux par compte, puis quatre par compte. Comptez à voix haute tout du long. **Vérification:** Écoutez cet extrait et comptez combien de sons tombent sur chaque frappe de votre pied. - Un — des noires — Un son par temps ferait quatre sons dans cet extrait, et non huit. Comptez vos frappes de pied face à lui : il y a un son qui se pose au milieu de chaque frappe autant que dessus. - Deux — des croches **(correct)** — Exact. Huit sons sur quatre temps font deux par temps, et une note qui dure un demi-temps en 4/4 est une croche. Tapez quatre fois du pied pendant la lecture et chaque frappe a un son dessus et un son entre deux. - Quatre — des doubles croches — Quatre par temps feraient seize sons ici — les seize cases de la grille frappées, deux fois plus dense que cet extrait, qui n’en frappe qu’une sur deux. Comptez « un-e-et-e » face à lui et vous trouverez que la moitié de vos syllabes n’a aucun son dessous. ### Mesures et temps forts https://musictheory.center/fr/cours/rythme#bars-and-downbeats > Écoutez ces deux extraits. Ni l’un ni l’autre ne change de vitesse et chaque frappe est à la même distance de la précédente, mais certaines frappes sont plus aiguës que les autres. Les plus aiguës n’arrivent pas au même rythme dans les deux extraits. Comptez combien de frappes s’écoulent d’une aiguë à la suivante, dans chacun. **Joue:** Une frappe plus aiguë toutes les quatre (G4 C5) · Une frappe plus aiguë toutes les trois (G4 C5) Deux groupes de quatre pulsations, chaque pulsation coupée en deux, à 100 à la minute — les boutons ci-dessus frappent les pulsations elles-mêmes et vont donc à la moitié de la vitesse de ces cases. La marque pleine au début de chaque groupe est l’accent, et elle tombe sur la case un et la case neuf, la première pulsation de chaque groupe. Appuyez sur la lecture et le clic de ces deux cases se distingue nettement des autres ; cliquez sur n’importe quelle autre case pour ajouter votre propre accent, ou sur une case pleine pour le retirer, et entendez le groupement changer. | Temps dans la mesure | Compté | Où tombe l’accent | On l’appelle en général | | --- | --- | --- | --- | | 2 | UN deux, UN deux | Un temps sur deux | Mesure à deux temps, celle de la marche | | 3 | UN deux trois, UN deux trois | Un temps sur trois | Mesure à trois temps, celle de la valse | | 4 | UN deux trois quatre | Un temps sur quatre, avec un accent moindre sur le trois | Mesure à quatre temps | **mesure** *aussi appelé*: bar et measure (anglais : « bar » est britannique, « measure » américain, et le mot français mesure recouvre les deux) **Définition.** Une mesure est un groupe de temps — le plus souvent deux, trois ou quatre — répété encore et encore de sorte que la musique se divise en unités de temps égales, chacune commençant par le temps le plus fort du groupe. Ce premier temps a son propre nom : le temps fort. C’est là que tombe la main d’un chef, là que le bassiste se pose le plus souvent, et là que vous frapperiez dans vos mains si on vous demandait de frapper une fois par groupe. Dans les deux extraits ci-dessus, c’est la frappe la plus aiguë, et compter d’une frappe aiguë à la suivante revient à compter la longueur d’une mesure. Le groupement s’entend, il n’est pas seulement noté. Le premier extrait donne quatre temps à la mesure et le second trois, et rien ne les distingue sinon quelles frappes sont accentuées — même vitesse, même espacement, même nombre de sons à la minute. L’accentuation suffit à elle seule à faire compter un auditeur par quatre ou par trois. L’accent peut être fourni par n’importe quoi : une frappe de batterie plus forte, une note de basse plus grave, un changement d’accord, une syllabe du texte, ou rien du tout au-delà de l’attente de l’auditeur. Dans ce chapitre il est fourni par une hauteur plus aiguë plutôt que par une frappe plus forte, et c’est un choix de clarté : un changement de hauteur survit à une mauvaise enceinte, à une pièce bruyante et à un volume faible, un changement d’intensité non. Le chapitre 18 prend l’intensité elle-même pour sujet et la fait varier. **Bon à savoir** - (Convention) Toutes les mesures d’un morceau contiennent le même nombre de temps sauf indication contraire de la notation, et c’est ce qui rend la mesure utilisable comme unité de mesure : « huit mesures » est une durée déterminée dès que le tempo est connu. Les compositeurs changent librement de groupement en écrivant un nouveau [chiffrage](https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove#time-signatures) en cours de morceau, et certaines musiques le font toutes les quelques mesures. - (Convention) Les mesures se dessinent sur la portée comme des barres verticales qui la traversent, et ces barres sont placées avant le temps fort et non après — une mesure court donc d’une barre à la suivante, en commençant sur le temps accentué. - (Tendance — la musique occidentale populaire et classique. Beaucoup de traditions — la danse balkanique, une grande part de l’Inde du Nord, une bonne partie de la musique savante du XXe siècle — groupent couramment les temps par cinq, sept et neuf.) Quatre temps à la mesure est de très loin le groupement le plus courant, au point qu’un auditeur le suppose tant que rien ne le contredit. Trois vient ensuite et s’entend comme une valse ; deux s’entend comme une marche. **Vous le savez déjà** - Les quatre noires qui remplissaient une ronde — ces quatre temps sont une mesure à 4/4, et le premier d’entre eux est le temps fort — https://musictheory.center/fr/cours/rythme#note-values **Où cela mène** - Accent et syncope : ce qui arrive quand l’accentuation est délibérément placée ailleurs que sur le temps fort — https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove **Dans la musique réelle** - Johann Strauss II — “Le Beau Danube bleu” — trois temps à la mesure d’un bout à l’autre ; dès l’arrivée du thème principal, l’accompagnement vous donne une note grave sur chaque temps fort puis deux accords légers, ce qui rend le groupement audible - Stromae — “Alors on danse” — la boucle rythmique qui ouvre le morceau énonce seule quatre temps à la mesure avant l’entrée de quoi que ce soit d’autre ; la grosse caisse marque chaque temps fort et la caisse claire répond sur les deuxième et quatrième temps, et cette paire tourne sans changer pendant toute la chanson **Essayez sur votre instrument:** Jouez une note de votre instrument en boucle à vitesse régulière, et donnez du poids à une note sur trois — plus d’archet, plus de souffle, un coup de médiator plus appuyé. Gardez ensuite tout le reste identique et donnez le poids à une note sur quatre. Rien ne change sinon l’accentuation. **Vérification:** Écoutez cet extrait et comptez combien de temps s’écoulent d’une frappe aiguë à la suivante, en comptant la frappe aiguë elle-même comme un. - Deux — Deux temps à la mesure mettraient une frappe aiguë sur une frappe sur deux : vous entendriez aigu, grave, aigu, grave. Cet extrait a deux frappes ordinaires entre chaque paire d’aiguës, et non une. - Trois **(correct)** — Exact. La frappe aiguë, puis deux ordinaires, puis à nouveau l’aiguë : trois temps à la mesure, c’est-à-dire une valse. Comptez « UN deux trois » à voix haute avec l’extrait et les nombres tombent là où tombent les frappes. - Quatre — Quatre à la mesure, c’est le premier extrait en haut de cette section. Comptez par quatre ici et dès le deuxième groupe votre « un » tombe sur une frappe ordinaire — le signe le plus sûr que vous comptez un groupe trop long. ### Mesures simples et composées https://musictheory.center/fr/cours/rythme#simple-and-compound > Écoutez ces deux extraits. Chacun a douze frappes régulièrement espacées et chacun dure le même temps du début à la fin. La seule différence tient à celles des frappes qui sont plus aiguës. L’un penche par deux et l’autre par trois — décidez lequel est lequel, et dites ce que cela fait à la sensation, avant de poursuivre. **Joue:** Douze frappes, plus aiguë une fois sur deux (G4 C5) · Douze frappes, plus aiguë une fois sur trois (G4 C5) Deux temps, chacun coupé en trois, à 80 à la minute — une mesure de 6/8, qui est la forme de chaque moitié du second extrait ci-dessus, lequel en compte deux mesures. Six cases, les deux marques pleines montrant où tombent les temps eux-mêmes : sur la case un et la case quatre, à trois cases d’écart et non deux. La version simple est le premier extrait ci-dessus, où les frappes aiguës viennent toutes les deux cases. | Chiffrage | Temps dans une mesure | Chaque temps se divise en | Où l’entendre | | --- | --- | --- | --- | | 2/4 | Deux noires | Deux — simple | « The Stars and Stripes Forever », Sousa — le pas de marche lui-même | | 3/4 | Trois noires | Deux — simple | « Le Beau Danube bleu », Strauss — l’accompagnement de valse | | 4/4 (𝄴) | Quatre noires | Deux — simple | « Alors on danse », Stromae — la boucle rythmique d’ouverture | | 6/8 | Deux noires pointées | Trois — composée | « We Are the Champions », Queen — le motif de piano sous le premier couplet | **mesures simples et composées** **Définition.** Une mesure est simple quand chacun de ses temps se divise en deux parties égales, et composée quand chacun de ses temps se divise en trois — la différence entre les deux ne tient donc pas au nombre de temps que contient la mesure, mais à ce qui se passe à l’intérieur de chaque temps. Les deux extraits ci-dessus ont douze frappes à la même vitesse : la même durée s’écoule donc dans chacun. Dans le premier, une frappe aiguë vient toutes les deux, ce qui fait six temps de deux parties chacun : simple. Dans le second, une frappe aiguë vient toutes les trois, ce qui fait quatre temps de trois parties chacun : composée. Rien n’a bougé sinon l’accentuation, et la sensation a complètement changé. 2/4, 3/4 et 4/4 sont les mesures simples de tous les jours : deux, trois ou quatre temps en noires, chacun se scindant en deux croches. 6/8 est la composée de tous les jours, et elle se lit facilement de travers, car le six y compte des croches et non des temps. Une mesure de 6/8 a deux temps, chacun une noire pointée, chacun se divisant en trois. Voilà pourquoi 3/4 et 6/8 ne sont pas la même chose alors que toutes deux contiennent six croches dans la mesure. En 3/4 l’accent tombe sur la première, la troisième et la cinquième de ces croches ; en 6/8 il tombe sur la première et la quatrième. Jouez les deux extraits ci-dessus l’un après l’autre et la différence se passe d’explication. **Bon à savoir** - (Fait) Une mesure de 3/4 et une mesure de 6/8 contiennent la même durée totale — six croches — et ne diffèrent que par le groupement de ces croches : trois groupes de deux contre deux groupes de trois. - (Convention) Dans un [chiffrage composé](https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove#time-signatures), le chiffre du bas nomme la subdivision plutôt que le temps, si bien que le chiffre du haut vaut trois fois le nombre de temps : 6/8 a deux temps, 9/8 en a trois, 12/8 en a quatre. C’est une bizarrerie de la notation, pas de la musique. - (Tendance — la musique populaire occidentale. Dans la musique à danser irlandaise et écossaise, la gigue — une mesure composée — est l’une des formes centrales, et beaucoup de traditions d’Afrique de l’Ouest tiennent les divisions binaire et ternaire pour également ordinaires et les font souvent sonner ensemble.) Les mesures simples, et le 4/4 avant tout, représentent la grande majorité des chansons enregistrées ; les mesures composées apparaissent surtout dans les ballades, les [shuffles de blues](https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove#swing-and-shuffle), les gigues et le doo-wop, où c’est la division ternaire qui donne le balancement. **Vous le savez déjà** - Le temps fort et le groupement qu’il crée — simple et composé est la même question posée un étage plus bas, à l’intérieur de chaque temps plutôt qu’en travers de la mesure — https://musictheory.center/fr/cours/rythme#bars-and-downbeats **Où cela mène** - Les chiffrages de mesure en entier, et la syncope : mesures asymétriques, swing, et accents placés contre la division plutôt qu’avec elle — https://musictheory.center/fr/cours/mesure-et-groove **Dans la musique réelle** - Queen — “We Are the Champions” — le piano sous le premier couplet divise chaque temps en trois ; comptez « un-e-et, deux-e-et » dès le premier accord et cela tombe juste, là où compter par deux ne tombe pas - The Beatles — “Norwegian Wood” — le motif de guitare et de sitar du début balance par trois d’un bout à l’autre ; comparez-le directement aux deux bien droits d’« Eight Days a Week » et les deux divisions se distinguent sans peine **Essayez sur votre instrument:** Installez une pulsation régulière sur votre instrument et jouez trois notes égales à l’intérieur de chaque temps pendant une minute sans que la pulsation dérive. Jouez ensuite deux notes égales à l’intérieur de chaque temps sur la même pulsation. Alternez entre les deux toutes les quatre mesures. **Vérification:** Avant de jouer quoi que ce soit : d’après le tableau ci-dessus, laquelle de ces quatre mesures divise chacun de ses temps en trois parties égales ? Appuyez ensuite sur la lecture pour vous contrôler. - 2/4 — 2/4 a deux temps par mesure, soit le même nombre que 6/8 — mais chacun d’eux se scinde en deux croches, et non en trois. Ce n’est pas le nombre de temps qui rend une mesure composée, c’est la division ternaire. - 3/4 — 3/4 est le piège le plus proche ici, puisqu’elle contient six croches dans la mesure exactement comme 6/8. La différence est le groupement : 3/4 fait trois temps de deux, 6/8 fait deux temps de trois — c’est le premier extrait en haut de cette section contre le second. - 4/4 — 4/4 a quatre temps et chacun se scinde en deux, ce qui en fait la mesure simple la plus ordinaire qui soit. Compter « un-et, deux-et » lui va ; compter « un-e-et » non. - 6/8 **(correct)** — Exact, et l’extrait en donne deux mesures : deux temps par mesure, chacun se scindant en trois croches, avec la frappe aiguë sur chaque temps. C’est cette division ternaire qui rend une mesure composée. ### Points clés https://musictheory.center/fr/cours/rythme#key-takeaways - Un temps est la pulsation régulière que l’auditeur suit du pied, et il se ressent qu’un instrument le joue ou non. - Le tempo est la vitesse de cette pulsation en pulsations par minute, et un temps dure toujours 60 divisé par le bpm, en secondes. - Les valeurs de notes sont des proportions plutôt que des durées : chacune vaut la moitié de celle du dessus, et seul un tempo les transforme en secondes. - Une mesure est un groupe de temps qui se répète et dont le premier, le temps fort, porte l’accent le plus marqué ; l’accentuation suffit à elle seule à créer le groupement. - Une mesure est simple quand ses temps se divisent en deux et composée quand ils se divisent en trois, ce qui explique que 3/4 et 6/8 contiennent les mêmes six croches sans sonner du tout pareil. ### Questions **Quelle est la différence entre le temps et le rythme ?** Le temps est la pulsation régulière qui court sous la musique, également espacée et invariable. Le rythme est le motif de sons longs et brefs posé sur cette pulsation. Tapez du pied et vous donnez le temps ; chantez les paroles et vous donnez le rythme. L’un est la grille, l’autre le dessin tracé dessus. **Que veut dire bpm ?** Bpm est l’abréviation de « beats per minute », pulsations par minute, et c’est ainsi que se mesure le tempo : 60 bpm fait un temps par seconde, 120 bpm en fait deux. Divisez 60 par le bpm et vous obtenez la longueur d’un temps en secondes, d’où la demi-seconde à 120 bpm. **Qu’est-ce qu’une mesure en musique ?** Une mesure est un groupe de temps — généralement deux, trois ou quatre — délimité pour que la musique ait une unité qui se répète. Le premier temps de chaque mesure est le temps fort et porte l’accent naturel le plus marqué, ce qui rend le groupement audible. **Quelle est la différence entre 3/4 et 6/8 ?** Toutes deux contiennent six croches dans la mesure : la différence ne tient donc pas à la durée qui s’écoule mais à l’endroit où tombe l’accent. En 3/4 il y a trois temps, chacun se scindant en deux, accentués un-trois-cinq. En 6/8 il y a deux temps, chacun se scindant en trois, accentués un-quatre. **Comment trouver le temps dans une chanson ?** Mettez un enregistrement et laissez-vous hocher la tête ou taper du pied sans y réfléchir ; la plupart des auditeurs tombent sur le temps en quelques secondes. Vérifiez ensuite l’espacement : si vos frappes sont également espacées et que vous pouvez les maintenir pendant toute la chanson, vous l’avez trouvé. ### Autres langues - https://musictheory.center/course/rhythm/llms.txt - https://musictheory.center/fr/cours/rythme/llms.txt - https://musictheory.center/es/curso/ritmo/llms.txt